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La vie, c'est bon !


L’autre jour au petit déjeuner, Eloi me faisait remarquer que nous avions acheté, par mégarde, du lait sans lactose… Après le café sans caféine, le pain sans gluten, la bière sans alcool, je me demande si nous ne cherchons pas finalement la vie sans la vie… Notre époque a quelque chose d’étrange. Nous cherchons à nous protéger de tout et, ce faisant, nous rendons nos organismes toujours plus fragiles, anesthésiés, aseptisés…

Car voilà le paradoxe de la vie : ce qui nous blesse et nous contrarie, c’est précisément cela qui fait de nous des vivants ! Bien entendu, ce ne sont pas la maladie, la souffrance ou la mort qui nous font vivre. Mais c’est plutôt une certaine manière d’aborder ces « contrariétés », ces obstacles grands ou petits, une certaine manière d’accueillir ce qui me blesse ; c’est cela qui fait de moi un vivant ! Or nous voulons le goût du café mais sans le café, le goût de la vie mais sans la vie… Mais à force d’extraire de la vie tout ce qui pourrait nous contrarier ou nous blesser, vivons-nous vraiment ?

La vie du Christ - et toute vie chrétienne - est une vie en plénitude précisément en ce qu’elle ne rejette pas ce qui la contrarie mais qu’elle l’intègre comme un chemin de vie ; elle accueille l’obstacle et vit cette traversée comme une transformation. Il est vain d’exclure la souffrance et la mort de la vie car à ce compte, la vie – ou du moins ce que nous appelons la vie – finit toujours par perdre. Mais la Vie, celle que Dieu nous donne, est une vie qui traverse l’épreuve, qui l’intègre à son chemin et en est, du même coup transformée. La mort fait partie de la vie, parce que la vie est plus grande que la mort.

La force de Dieu ne consiste pas à enlever tout obstacle de ma vie ; la force de Dieu, c’est de transformer toute épreuve en chemin de vie, par sa présence à nos côtés. Car il n’est pas un mal dont Dieu ne puisse extraire un bien. Il n’est pas une mort dont il ne puisse faire surgir la vie. Nos rides et nos cheveux blancs sont le signes des épreuves et des soucis traversés ; ils sont aussi la preuve que nous avons vécu.

En cette semaine Sainte, nous allons suivre Jésus sur son chemin de croix car nous croyons que c’est en traversant avec nous les épreuves de nos vies que Dieu nous apprend à vivre, à vivre vraiment ! Non pas une vie dont on aurait soigneusement retiré tout ce qui peut la contrarier mais une vie pleine qui ne craint pas d'accueillir même ce qui la blesse. Même la croix. Une vie en plénitude. Avec Eloi nous étions d’accord pour dire que le lait sans lactose, ça n’a vraiment aucun goût. Mais la Vie avec le Christ, la vie avec la Vie, Dieu que c’est bon !

Pierre Alain LEJEUNE


23 mars 2018



Photo : sur le chemin de Compostelle avec les lycéens de Bordeaux en août 2010


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